2007-09-15

Démarche artistique

Les sculptures de Karl Dupéré-Richer parlent d'elles même sur la possibilité de rendre les objets les plus banaux de véritables pièces artistiques. Toutefois, la démarche de ce dernier va plus loin que la simple présentation d'objets trouvés. Il s'agit en fait d'un recyclage recherché où chacune des parties qui composent l'assemblage se justifie par sa forme et propose ainsi un second niveau de lecture. Ici, le déchet n'est pas utilisé pour sa symbolique, du moins n'intervient pas bêtement, par exemple, comme critique d'une société de surconsommation, mais est considéré tout simplement pour sa forme, son caractère tridimensionnel, sa capacité à devenir une ressource première à l'élaboration d'une œuvre.

Au premier coup d’œil, il y a cet amalgame de rebuts, qui sans être camouflés, s'éclipsent et s'intègrent les uns aux autres pour former une image, un fragment de visage, un dessin en trois dimensions, qui sans aucun doute rappelle l'esthétique de la bande dessinées. Il faut remarquer que le style bédé n'est pas sans rapport avec les travaux précédents de l'artiste. Et dans cette première série, il a su parfaitement combiner ce style au médium utilisé et au sujet. Par exemple, dans « Spaghetti 1 , 2 et 3 », on aura tôt fait de comprendre qu'il s'agit d'un hommage à Sergio Leone et son film « The good, the bad and the ugly ». Chacune des œuvres représente un gros-plan sur une paire d'yeux farouches et le spectateur qui se retrouve entre ces trois pièces sentira probablement l'intensité du duel véhiculé tout spécialement par la tradition du western-spaghetti. Il s'agit d'une brillante jonction entre sculpture, bande dessinées et cinéma. De ce fouillis d'objets émerge une expression caricaturale quasi-vivante.

De plus près, chacun des éléments qui composent la sculpture se détachent et deviennent reconnaissable. Comme devant un tableau impressionniste, où les pigments de peinture se distinguent les uns des autres, on reconnaît ici une ampoule électrique, là un enjoliveur et là une semelle de soulier, qu'on le veuille ou non l'exercice est inévitable. Néanmoins, le talent de Karl D.R. tient à cette habileté à créer un assemblage à la fois homogène et complètement hétéroclite. Certes, l'emploi de la couleur vient uniformiser le tout, mais aussi dois-je mentionner que l'harmonie de la pièce est maintenue grâce au choix et à la mise en place des objets. Voilà donc une expérience esthétique particulière ; avouez que rarement vous vous êtes dit: « Tiens, voilà un intéressant tas de déchets! ».

Christian Séguin

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